C'était une de ces froides soirées d'hiver, de celles où il vaut mieux être chez soi que dehors, tant la température est basse . Par un hasard inespéré, j'avais accepté ton invitation . Je ne sais plus dans quelles circonstances ni pour quelles raisons j'eus accepté ta proposition . Soit . Mais j'étais là, bel et bien frigorifiée, mes doigts ayant pris à mesure que le temps passait l'aspect de petits batônnets de glace, encore fumant d'avoir été sortis du congélateur .
Oui, j'étais là et je t'attendais . Je n'avais même pas la certitude que tu viendrais mais peu m'importait, au moins je m'étais trouvé un alibi pour sortir de cet appartemment plus qu'étouffant, devenu mon soit-disant chez moi depuis quelque temps déjà . A l'idée de rentrer seule, de me ratatiner sur le canapé, et de pratiquer un gavage télévisuel incessant, des frissons me parcourent la nuque . Non . Je t'attendrais des heures s'il le faudrait, mais aller sombrer avec Jack Daniel's ne serait que le dernier recours inévitable à cette soirée passée à attendre vainement .
T'étais beau . Nan . T'étais magnifique . Mais à ta manière . Pas beau comme dans tous ces magazines, qui nous imposent des critères de beauté standard . Nan, t'étais beau comme tu étais . Dans ton atypisme . Les cheveux en bataille, la démarche assurée, parfois hésitante, le regard perçant . Oui, un de ces regards qui ne vous laisse pas de marbre, où vous vous plongez et où vous vous noyez en l'espace d'un instant . Un de ces regards pour lequel vous donneriez tout afin que le temps s'arrête, pour pouvoir continuer à sombrer amoureusement à l'intérieur . Mais non . Là encore, Dame Réalité vient vous tirer à cette somptueuse songerie, vous secourant à l'aide de sa bouée anti-rêverie . Et tes mains . Ah, tes mains . Chaudes mais pourtant tremblantes lorsque tu fumais . Parce que oui, tu étais un fumeur passionné . Tu fumais, oui, mais pas comme les autres . Tu l'amenais à ta bouche, tu amenais ce vice à tes lèvres avec une expression enjouée, mais à la fois tu protégeais cette petite chose comme si c'était un trésor infini . Enfin, comme si le temps s'arrêtait, tu fermais les yeux pour la savourer plus encore . Tu adorais ces moments là, où plus rien ne compte, sauf cette vulgaire cigarette qui faisait ton bonheur . Mais tu étais beau, toujours . Quand tu me souriais timidement, j'aimais aussi ce petit feu qui brillait dans tes yeux, et qui ne s'éteignait jamais . Ou presque . Tu n'éprouvais aucune gêne à parler aux autres, mais tu rougissais quand tu m'adressais un simple et futile "Bonjour" . J'aimais cette exclusivité .
On faisait la paire . On se comprenait, même sans se parler . On se complétait .
Ca fait maintenant une demi-heure que j'attends . Inlassablement . Je gèle . Et y'a les passants . Ils me r'gardent tous étrangement . Cet environnement me paraît fade et c'est à peine si je le reconnais . Tout est flou . Je suis assise sur notre banc . A regarder les étoiles, griffonant sur mon calepin en attendant . Mon lecteur CD fait un boucan d'enfer . Il doit être en train de s'éteindre . Lentement .
Je souris niaisement au ciel . Mais peu à peu, mon sourire s'efface, perdant sa beauté d'antan . Ca n'a plus aucun sens .
J'ai les larmes aux yeux . Je souris une dernière fois au ciel étoilé, puis écris ma dernière phrase, avec une profonde difficulté :
Ce texte n'a pas de sens . Parce qu'il est à l'imparfait . Alors qu'il devrait être au futur .
. ENCORE .
T'es pas rentré dans ma vie .
. ENCORE .
C'est dit.. x) ]